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Ils ont construit Force Ouvrière

« Si l’homme veut être une personnalité libre, les organisations qu’il constitue doivent, elles aussi, être des organisations libres. »

Léon Jouhaux

Ouvrier allumettier et syndicaliste, il est secrétaire général de la Confédération générale du travail (CGT) de 1909 à 1947, puis fondateur et président de la Confédération générale du travail – Force ouvrière (CGT-FO) de décembre 1947, jusqu’à sa mort. Président du conseil économique et social à partir de 1947, vice-président du Bureau international du travail et vice-président de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL), il reçoit en 1951 le prix Nobel de la paix. Dans un premier temps de tendance syndicaliste révolutionnaire et libertaire, il est considéré après 1914 comme « réformiste ».

Robert Bothereau

Il est, au côté de Léon Jouhaux, un des fondateurs du syndicat français Force ouvrière. Fils d’un artisan tonnelier de Baule, Robert Bothereau est ajusteur mécanicien de profession.il adhère, dès 1919, au syndicat confédéré des métaux CGT. En 1928, il est élu secrétaire de la bourse du travail d’Orléans, puis de l’union départementale (UD) du Loiret en 1929. Il développe rapidement l’UD et il est remarqué de Léon Jouhaux et du bureau confédéral de la Confédération générale du travail qu’il intègre en décembre 1932.Ses engagements syndicaux et républicains et son sens de l’organisation lui permettent de prendre une stature nationale. Dès 1939, avec Jouhaux, il appelle la CGT à dénoncer le pacte germano-soviétique (ce qui provoquera la deuxième scission de la confédération, puisque les dirigeants du Parti communiste français — PCF — s’y refusent et seront dès lors exclus)

André Bergeron

Il participe en mai 1936 aux grèves qui marquent l’arrivée au pouvoir du Front populaire. Dans l’imprimerie où il travaille comme typographe à partir de l’âge de 14 ans, il est en contact avec Paul Rassinier, alors responsable de l’hebdomadaire socialiste de Belfort, Germinal. Durant la Seconde Guerre mondiale, il part, forcé, travailler en Autriche. Après la guerre, André Bergeron adhère à la section SFIO de Belfort (1945-1946), mais la quitte rapidement pour se consacrer au syndicalisme, qu’il veut indépendant de tout mouvement politique. En 1946, il est élu secrétaire général du syndicat des typographes (CGT) de Belfort. La même année, il rejoint Léon Jouhaux et Robert Bothereau dans le groupe des Amis de la CGT-Force ouvrière, courant réformiste s’opposant à la mainmise des communistes sur la confédération. Il est secrétaire général du groupe Force ouvrière en 1946. En 1947, après la troisième scission de la CGT, il devient secrétaire permanent de l’union départementale des syndicats CGT-FO du Territoire de Belfort puis, en 1948, de la Fédération CGT-FO du Livre. En 1950, il est délégué régional et membre de la commission exécutive et entre au bureau confédéral en 1956. Il devient vice-président de la Confédération internationale des syndicats libres et membre du comité exécutif de la fédération graphique internationale en 1957. Il devient secrétaire général de Force ouvrière en novembre 1963, et le reste jusqu’au 4 février 1989. En 1958, Bergeron mène la délégation Force ouvrière lors des négociations sur la création de l’assurance-chômage, qui créent l’Unédic. Il en est le premier président du conseil d’administration (puis vice-président en alternance, tous les deux ans), de 1958 à 1990. Durant les grèves de 1968, il participe aux négociations des accords de Grenelle avec le secrétaire d’État au Travail Jacques Chirac et obtient que le SMIC soit désormais porté à 3 francs de l’heure. En 1975, il échappe à une tentative d’attentat à la bombe à son domicile, quelques instants après celle qui a coûté la vie à Bernard Cabanes, directeur de l’AFP. Invité dans une émission en 1988 qui a pour objet d’analyser l’image que les syndicats donnent d’eux-mêmes face aux syndiqués et non syndiqués et à la perception qu’en ont les diverses catégories professionnelles, il déclare à propos de la faible attraction des syndicats : « D’abord, le taux de syndicalisation, qu’en savons nous ? Ce sont des chiffres qui ne veulent rien dire du tout, y’a pas de chiffres officiels, étant donné que personne ne dit la vérité, y compris moi ! ».Il reste à la tête de FO jusqu’en 1989. Anticommuniste et tenant à l’écart l’influente aile trotskiste de l’organisation, réformiste, il aura incarné un « syndicalisme offensif », étant l’interlocuteur principal du patronat.

Marc Blondel

Secrétaire général de la CGT-Force ouvrière du 4 février 1989 au 7 février 2004 (réélu en mai 1992, mars 1996 et mars 2000), il défend farouchement les principes d’indépendance de Force ouvrière ; il mène le combat revendicatif sur les retraites (contre le plan Juppé de 1995, contre la loi des 35 heures, contre la réforme Fillon de 2003), pour la défense de la Sécurité sociale (contre sa fiscalisation), pour la laïcité ou encore pour la libre négociation. Il incarne le syndicalisme réformiste, le syndicalisme « de la feuille de paie », en opposition avec ce qu’il considère le « syndicalisme d’accompagnement »  pratiqué par la CFDT comme avec le « syndicalisme rassemblé » prôné par la CGT.

Jean Claude Mailly

Le 7 février 2004, il succède à Marc Blondel comme secrétaire général de FO. Monté en première ligne lors du mouvement contre le contrat première embauche (CPE) en 2006, Jean-Claude Mailly est l’un des quelques dirigeants syndicaux qui ont appelé à une journée de grève générale interprofessionnelle lors des mouvements contre la réforme des retraites, en 2010. Force ouvrière s’est opposé, durant toute l’année 2016, à la loi Travail. Jean Claude Mailly offrira à Force Ouvrière une représentation intelligente, consensuelle, à l’aise avec les médias, accessible patient et ouvert avec les militants, il incarna une belle époque.

Pascal Pavageau

En 2003, il est élu secrétaire général du Syndicat national des Ingénieurs des travaux publics de l’État et des collectivités territoriales. En 2007, le gouvernement de l’époque regroupe plusieurs missions publiques au sein du grand ministère d’État de l’Écologie, du développement et de l’aménagement durables (MEDAD) dont le périmètre concernait trois fédérations Force ouvrière. Sollicité par ces dernières et par la Confédération, Pascal Pavageau organise alors la représentation FO au sein de ce ministère et pilote la délégation lors du Grenelle Environnement. En parallèle, il s’oppose à la Révision générale des politiques publiques (RGPP) considérant qu’il s’agit d’une attaque sans précédent à l’encontre du service public et de la République. En 2009, Pascal Pavageau est élu secrétaire confédéral de Force ouvrière chargé de l’économie, de la fiscalité, du service public, du numérique, de la politique industrielle, de l’environnement et du développement durable à la suite du départ en retraite de Marie-Suzie Pungier. En 2018, il succédera quelques mois à Jean Claude Mailly.

Yves Veyrier

En 1995, il devient secrétaire de la fédération FO de l’Equipement, des Transports et des Services jusqu’en 2004 quand il sera élu au bureau confédéral. Il y prendra en charge le secteur de l’International et de l’Europe. Il porte alors la voix de la confédération au sein de la Confédération internationale des syndicats libres tout au long du processus de constitution de la Confédération syndicale internationale en 2006. Au sein de la Confédération européenne des syndicats il conduit l’action de FO, critique quant au projet de traité de Constitution de l’Union européenne référendum en France en 2005 et réalise un numéro spécial de FO Hebdo consacré à l’analyse de l’enjeu de ce projet. En 2010 il prendra en charge le secteur de la Presse et de la Communication ainsi que le dossier de l’informatisation .Devenu un expert des normes internationales du travail, Yves Veyrier est régulièrement consulté sur les enjeux internationaux du travail tant au plan normatif que prospectif. Dès 2004 il œuvre au sein de l’Organisation internationale du travail y représentant Force ouvrière, aux côtés de Marc Blondel, alors membre du Conseil d’administration de l’OIT. Au départ de Marc Blondel, il est élu membre du groupe des travailleurs au sein de ce même Conseil d’administration de l’OIT de 2008 à 2014, puis désigné, sur proposition de la Confédération syndicale internationale et du groupe des travailleurs, membre suppléant depuis 2014. Il sera porte-parole du groupe des travailleurs au sein de la Commission de la Conférence internationale du travail sur diverses commissions de la Conférence internationale du travail : celle du protocole à la Convention fondamentale 29 sur le travail forcé juin 2014, qu’il conduit à l’adoption du protocole à la quasi-unanimité de la CIT après deux années de négociations difficiles avec les employeurs et les gouvernements ; celle de l’application des normes (juin 2015) en pleine crise interne à l’OIT, ou encore la première discussion récurrente sur les principes et droits fondamentaux au travail (juin 2012)4. Depuis son élection en 2008 au sein du Conseil d’administration, Yves Veyrier s’est vu confier la vice-présidence Travailleurs, en tant que porte-parole, du Comité de la liberté syndicale de l’OIT, chargé d’examiner les plaintes en violation de la liberté syndicale et du droit de négociation collective. Dans un contexte controversé sur le système de contrôle de l’application des normes de l’OIT, du fait d’une crise créée par les employeurs en 2012, Yves Veyrier est parvenu à convaincre de la nécessité de la mise à jour du recueil de décision du Comité, qui établit la doctrine de l’OIT, notamment sur le droit de grève. Engagement dans la vie de la cité et pour les droits de l’Homme

Yves Veyrier a été membre du Conseil économique, social et environnemental (CESE) de 2007 à 2015 où il a exercé plusieurs missions allant de conseiller, président du groupe FO et Président de la section des Affaires européennes et internationales de 2010 à 2015. C’est à ce titre qu’il prend l’initiative d’une assemblée plénière consacrée au débat sur un avis relatif à la COP 21 (Conférence des parties sur le climat) où il invite à intervenir le représentant spécial des Nations unies, le directeur général de l’OMM (Organisation mondiale de la météorologie), le directeur général de l’OIT ainsi que les ministres chargés du dossier, Laurent Fabius et Ségolène Royal. Il est également un membre actif au sein de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH), l’Institution nationale des droits de l’Homme française accréditée auprès des Nations unies.